見る Apprendre à Voir, donner voix aux images

Avec Mars le printemps s’installe, tous nos sens s’éveillent et le regard est souvent accaparé par le renouveau végétal. Nous avons pris soin de notre corps en février en le plongeant dans l’eau chaude. Dans cet épisode, je vous propose de changer notre regard grâce au Japon.
Trois questions nous accompagneront :
1.
Pourquoi avons-nous tant besoin d’histoires ?
2.
Comment le kamishibai éduque le regard des enfants japonais et que nous apprend le cinéma japonais sur notre propre façon de regarder ?
3.
Pourquoi le Japon privilégie-t-il le geste, le silence, le hors-champ ?
………………………… Et si voir était déjà une forme de silence ?
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PRÉSENTATION DES INVITÉS
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Philippe Robert, artiste, dessinateur, chanteur, compositeur acteur qui consacre toute son activité à faire connaitre le kamishibai en France, en Europe et en Afrique à travers des spectacles ou des ateliers créatifs ;
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Pascal-Alex Vincent, quant à lui est cinéaste et enseignant spécialisé dans l’histoire du cinéma japonais. Réalisateur de nombreux documentaires, il est également l’auteur des ouvrages Yasujiro Ozu : une affaire de famille (éditions de La Martinière) et Dictionnaire du cinéma japonais (éditions Carlotta)
Le KAMISHIBAI : Le kamishibai n’explique pas.Il accompagne le regard.
Né vers 1930, c’est un art effectivement où des images défilent dans un castelet en bois et qui a fait naître les premiers héros de manga; c’est donc l’ancêtre du manga.
Kami veut-dire papier et shibaï pièce de théâtre; on le traduit « papier théâtre »
C’est un art de la rue, jadis fixé sur les porte-bagages de vélo et diffusé dans les quartiers des villes qui montrait tous les styles d’histoires traditionnelles ou modernes. Il a servi aussi de journal télévisé pendant la guerre, pour recruter de nouveaux soldats. A son apogée, au Japon, en 1950 on comptait 50 000 conteurs de kamishibaï dans tout le pays.
Maintenant, il est utilisé dans le monde entier, en toute salle ou extérieur, et sans besoin technique.
Le kamishibaï est interdisciplinaire ; il stimule l’imagination en réunissant l’écrit, le dessin et la lecture jouée.
L’attention du public est stimulée par le texte qui n’est pas en lien direct avec l’image.
A la différence des télévisions, cinéma et autres écrans qui sont des robinets à images non-stop, les dessins du kamishibaÏ sont fixes, même s’ils glissent comme dans un diaporama.
Entre deux images, le public à le temps d’imaginer les images intermédiaires : (Comme l’ellipse, entre 2 cases de bd ou de manga, c’est comme un silence du dessinateur qui laisse place au lecteur) Il faut relier par soi-même les infos du texte et celles du dessin
Et comme au cinéma, le texte peut être présent par les images, par du son, par des bruits ou des onomatopées que les japonais adorent.
Le kamishibai éduque le regard avant la parole car le dessin est le moteur. Le texte lui, donne de la vie et de l’émotion aux dessins, par les sons et le (ou les) sens des mots. Lorsque l’image est fixe, elle laisse le temps au public de la contempler pendant quelques instants, comme un tableau : le temps de l’émerveillement.
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MUSIQUES :
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L’ile nue de Hikaru Hayashi
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Générique ouverture du film Tokyo Monogatari Takatoshi Saito
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Adagietto extrait de la Symphonie n°5 de Gustav Mahler (rendu célèbre par le film Mort à Venise)
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LE CINÉMA JAPONAIS

L’Île nue 裸の島, Hadaka no shima est un film japonais en noir et blanc, sonorisé mais sans dialogues, à l’exception des cris des écoliers et du cri de la mère à la fin. Réalisé par Kaneto Shindō, sorti en 1960. Il se concentre sur la vie quotidienne d’une famille de fermiers vivant sur une petite île isolée de la mer intérieure de Seto. Le film suit les efforts laborieux des parents pour survivre dans un environnement aride, transportant l’eau nécessaire à la culture de leurs champs depuis l’île voisine, dans un cycle de tâches répétitives et éprouvantes.
Avec une approche quasi-documentaire, L’Île nue s’appuie sur une mise en scène épurée et un puissant langage visuel pour explorer la résilience humaine face à des conditions de vie extrêmes. La musique de Hikaru Hayashi accompagne les images avec une variation sur un seul thème, renforçant la profondeur du récit, qui repose sur l’observation silencieuse plutôt que sur les dialogues.
À sa sortie, L’Île nue a remporté le Grand Prix du Festival international du film de Moscou en 1961 et a été acclamé pour sa simplicité et sa force émotionnelle. Considéré comme l’une des oeuvres majeures de Kaneto Shindō, le film est aujourd’hui célébré pour son style visuel unique et son exploration poétique du travail et de la lutte pour la survie dans un monde indifférent.
Dans le cinéma japonais, le plan fixe et le hors-champ que le cinéma occidental évite souvent sont très importants.Par bien des aspects et à l’origine du cinéma de Yasuhiro Ozu on pourrait parler d’un cinéma de l’attention plutôt que de l’action . 

KANJI DU MOIS
見る (miru) — On yomi ken, kun yomi mi
Il signifie voir. Mais voir au sens japonais, ce n’est pas simplement regarder avec les yeux.
C’est prêter attention. C’est accepter de ne pas tout comprendre tout de suite.
Dans le théâtre Nô, dans le cinéma japonais, dans le kamishibai, on apprend d’abord à voir.
Comme à l’accoutumée, je vous propose de dessiner le kanji 見る, et posez-vous cette question :
Quelle image m’a transformée sans me parler ?
Envoyez votre kanji et votre texte à : associationtanabata@gmail.com Objet : Kokoro – le souffle du Japon
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RESSOURCES POUR APPROFONDIR
•
international Kamishibai Association of Japan (IKAJA) : https://www.kamishibai-ikaja.com/en/
•
Kamishibai de Philippe Robert sur strickingly
•
Edith Montelle Kamishibai, la boite magique (Editions Callicephale)
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Pascal Alex Vincent Yasujiro Ozu : une affaire de famille (éditions de La Martinière) et Dictionnaire du cinéma japonais (éditions Carlotta)
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VOIR OU REVOIR Voyage à Tokyo Tokyo monogatari de Yasujiro Ozu pour s’imprégner de culture japonaise, son atmosphère rendra plus lisible à nos auditeurs le visionnage du film « Tokyo Ga » de Wim Wenders, prévu à notre festival Hana Matsuri les voies japonaises le vendredi 10 avril au cinéma Mazarin.


HAÏKU DU MOIS lu par Kazoku Colas
Yosa Buson
見るほどに 物のかげ濃し 春の月
Plus je regarde, l’ombre des choses s’épaissit — lune de printemps.
« Avant de comprendre, il faut apprendre à regarder. Avant de parler, il faut accepter d’écouter. »
Mars nous apprend à voir. au Japon raconter ce n’est pas expliquer, décortiquer, analyser mais laisser une image faire son chemin.

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