夢,Yume : le rêve le chemin vers l’invisible

Dans le parcours de l’émission Kokoro, le souffle du Japon : nous avons exploré en janvier le chemin
道 michi, et en mars 見る Miru donner voix aux images , en septembre le chemin n’est plus celui que
l’on suit vers une destination. Il bifurque.
Et c’est précisément à cette bifurcation que surgit 夢 yume, le rêve

PRÉSENTATION DU THÈME DU MOIS :
Mais nous n’allons pas seulement parler des rêves que nous faisons en dormant.
Nous allons nous demander : Pourquoi certains lieux continuent-ils à vivre en nous jusqu’à devenir des
rêves ?
Comment une maison, un chemin, un jardin, une forêt peuvent-ils devenir des paysages intérieurs ?
Et pourquoi la littérature et le théâtre japonais utilisent-ils si souvent le rêve pour franchir la frontière
entre ce que nous voyons et ce qui demeure invisible ?
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PRÉSENTATION DE L’INVITÉE :
Pour comprendre comment un territoire réel peut devenir un territoire rêvé, nous recevons
aujourd’hui Madame LULLIER , cofondatrice avec son époux de la maison école du Grand
Meaulnes ; maison des illustres aujourd’hui tiers lieu
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PARTIE 1, CÔTÉ JAPON
En 1908, Natsume Sōseki publie 夢十夜, Yume Jūya, Dix nuits de rêves.
Soseki est un ecrivain japonais auteur de romans et de nouvelles, représentatif de la transition du
Japon vers la modernité, pendant l’ère Meiji (né en 2867 et décédé en 1916).
Le rêve permet à Sōseki de faire surgir ce que la raison ne peut pas toujours expliquer : la mort,
l’amour, la peur, le désir, le temps.
LE SONGE DANS LE THÉÂTRE NŌ
Il existe au Japon une forme théâtrale qui fait précisément du rêve un passage entre les mondes : le
théâtre nō

Dans ce que l’on appelle le mugen nō, 夢幻能 le nō d’apparition ou de rêve, un voyageur arrive
souvent dans un lieu chargé de mémoire. Il arrive dans un lieu réel et le songe fait surgir ceux qui
l’habitaient autrefois.
夢, le rêve.
幻, l’apparition, l’illusion.
能, le nō.
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C’est peut-être cela qui rapproche le nō de notre Grand Meaulnes.
Chez Alain-Fournier aussi, il y a un voyageur, un égarement, un lieu mystérieux, une apparition, puis
la disparition.
Et toute une vie pour tenter de retrouver ce qui n’existe peut-être plus que dans la mémoire.
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PARTIE 2 CÔTÉ FRANCE : Le Grand Meaulnes : du paysage réel au domaine mystérieux
La nature est omniprésente chez Alain-Fournier : chemins, bois, eau, saisons, froid, lumière. Elle n’est
pas simplement le décor du roman, la campagne, ses plantes, ses arbres participent à la magie du
roman ; Le temps qu’il fait qu’Alain Fournier s’attache à décrire à chaque chapitre participe à son
atmosphère. Le choix des mots : fichu, paletot, sentibon nous renvoie à un temps révolu : une école
de campagne au siècle dernier.
La construction du roman s’articule autour de la découverte du domaine mystérieux, le cheminement
intérieur de Meaulnes qui se perd puis cherche à retrouver ce domaine, si bien qu’on ne sait jamais
vraiment si c’est un songe ou s’il est bien réel. Cette frontière entre rêve et réalité est au cœur du
roman jusqu’au dénouement et la révélation du secret.
Le Grand Meaulnes est un livre universel au sens où tout homme peut chercher toute sa vie à
retrouver les paysages de son enfance.

De nombreux visiteurs du monde entier viennent à la maison école du Grand Meaulnes À Épineuil-le-
Fleuriel, dans le Cher pour retrouver l’atmosphère et découvrir les lieux du roman

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PROGRAMME MUSICAL
• Philippe Sarde Musique du film Le grand Meaulnes
• Claude Debussy Prélude à l’après-midi d’un faune
• Chant nō, 3 voix et flute de Ryoko Aoki
• Maurice Ravel Pavane pour une infante défunte
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KANJI DU MOIS :
夢, YUME Le rêve.
En japonais, il existe une expression que je trouve très belle :

夢を見る yume o miru Littéralement : « voir un rêve ». En français, nous « faisons » un rêve. En
japonais, nous le « voyons ».
Comme à l’accoutumée, je vous propose de dessiner ce kanji, en vous posant l’une de ces questions :
Lorsque nous cherchons à retrouver un paysage de notre enfance, cherchons-nous encore un lieu réel
ou le rêve que notre mémoire en a fait ? OU
Que reste-t-il des lieux lorsque ceux qui les ont habités ont disparu ?
Envoyez votre kanji et votre texte à : associationtanabata@gmail.com
Objet : Kokoro – le souffle du Japon
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HAÏKU DU MOIS lu par Kazoku
Voici un haïku classique de Matsuo Bashō,
旅に病んで
夢は枯野を
かけ廻る
Malade en voyage,
mes rêves parcourent encore
les champs desséchés.
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POUR ALLER PLUS LOIN :
Trois livres pour poursuivre notre promenade.
Natsume Sōseki, Dix nuits de rêves
Pour découvrir dix passages entre réel et imaginaire.
Natsume Sōseki, Oreiller d’herbe
Pour la marche, la montagne, la contemplation et la transformation du regard. Le rêve fait basculer le
réel dans un autre espace.
Alain-Fournier, Le Grand Meaulnes
Pour le domaine mystérieux, la nature, l’enfance et cette quête impossible d’un lieu que la mémoire a
transformé.
Bernard Capo : Bande dessinée le Grand Meaulne
Le théâtre nō On pourra également découvrir le nō Izutsu, inspiré des Contes d’Ise, pour comprendre
comment le théâtre japonais fait revenir le passé par le rêve.
Revoir les films sur le Grand Meaulnes :
• Le Grand Meaulnes de Jean-Gabriel Albicocco, sorti en 1967
• Le Grand Meaulnes de Jean-Daniel Verhaeghe, sorti en 2006

Une visite : Découvrir la maison école d’Alain Fournier dans le Cher, maison des illustres :
https://www.le-grand-meaulnes.fr/
Il existe une expression japonaise qui me plaît particulièrement et qui donnera son nom à notre
cercle de lecture 夢の巷, yume no chimata.
夢, yume, c’est le rêve.
巷, chimata, ce sont les rues, les chemins, les lieux où l’on circule et où les routes se rencontrent.
On pourrait donc entendre yume no chimata comme la croisée des rêves, ce lieu incertain où
plusieurs chemins deviennent possibles, où la frontière entre le réel et l’imaginaire commence à se
brouiller.
Il y a les paysages que nous traversons. Et puis il y a ceux qui nous traversent.
Certains disparaissent presque aussitôt. D’autres restent en nous pendant toute une vie.
Dans le nō, le voyageur s’endort et les habitants disparus du lieu reviennent à lui. Chez Sōseki, le rêve
ouvre une brèche dans le réel. Chez Alain-Fournier, Meaulnes se perd et rencontre un domaine qu’il
ne cessera ensuite de rechercher. Et chez Bashō, lorsque le corps ne peut plus avancer, le rêve
poursuit le voyage.
Peut-être le rêve n’est-il donc pas le contraire du réel. Peut-être est-il ce que le réel laisse en nous
lorsqu’il a disparu :
Un chemin.
Une maison.
Un visage.
Une lumière.
Un paysage.
夢, yume. « Il faut parfois perdre son chemin pour rencontrer son rêve. »

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