菊 Kiku La fleur d’or, le chrysanthème et la lumière du Komorebi

Avec le 2ème podcast de « Kokoro, le souffle du Japon », on s’intéresse au chrysanthème, cette fleur connue en occident pour la Toussaint et la fête des morts. Mais qu’en est-il au Japon ?

Photo de chrysanthèmes orangesPhoto de chrysanthèmes oranges

Ce qu’il faut retenir :

  • Fleur impériale, symbole d’éternité et de dignité
  • Le komorebi : esthétique de la lumière filtrée.
  • Dans l’art de l’ikebana, le chrysanthème est l’une des fleurs les plus fréquemment utilisées en automne.

Le chrysanthème (kiku, 菊) occupe une place centrale dans l’imaginaire et la culture du Japon.

Fleur impériale, symbole d’éternité et de dignité, le chrysanthème est à la fois associé au pouvoir politique — via le sceau impérial à seize pétales — et à la vie quotidienne, notamment à travers les expositions florales d’automne et la fête du chrysanthème (Kiku no sekku).

L’étude de cette fleur permet d’éclairer des aspects fondamentaux de l’esthétique japonaise, notamment son rapport à la lumière, incarné par le concept de komorebi (木漏れ日), et son intégration dans l’art floral, l’ikebana (生け花).

chrysanthème en pot
Ikebana tikka de l’école ikenobo © Getty images

 

L’association Tanabata Nevers Japon propose un album photo de chrysanthèmes en lien avec Kokoro, le souffle du Japon.

Le chrysanthème et la symbolique impériale

Introduit de Chine au Japon au VIIIe siècle, le chrysanthème devient, sous l’ère de l’empereur Go-Toba (1180–1239), le motif officiel de la maison impériale.

Son usage se codifie rapidement : il figure sur les sceaux, les vêtements, les portes et, plus tard, sur le passeport japonais.

Fleur d’automne par excellence, ile chrysanthème incarne la longévité, la pureté et la lumière solaire.

Le choix de cette fleur comme emblème impérial n’est pas anodin : le chrysanthème concentre la force d’un cycle naturel qui se renouvelle chaque année, mais dont la beauté reste fragile et éphémère.

Le komorebi : esthétique de la lumière filtrée.

Le terme komorebi désigne le phénomène de la lumière du soleil traversant un feuillage et créant un jeu de clarté et d’ombre mouvant. Cette expérience esthétique, difficilement traduisible en langues occidentales, exprime une sensibilité japonaise au caractère fugace et changeant de la nature.

Or, le chrysanthème, par la disposition radiale de ses pétales, fonctionne lui-même comme un filtre de lumière.

Dans la peinture et la poésie, il est fréquemment associé à l’idée de rayons lumineux diffusés, rappelant ainsi le rôle médiateur du komorebi : rendre perceptible l’éphémère et le fragile, tout en donnant une impression de plénitude.

image de komorebi en forêt japonaise
Komorebi à Yokohama © Koichi Yoichii

 

Le chrysanthème dans l’ikebana

Dans l’art de l’ikebana, le chrysanthème est l’une des fleurs les plus fréquemment utilisées en automne.

Sa robustesse technique (tiges solides, floraison durable) permet des compositions qui allient stabilité et élégance.

Symboliquement, il exprime à la fois la dignité et l’impermanence, deux valeurs essentielles de l’esthétique japonaise. Les écoles d’ikebana — qu’il s’agisse de l’école Ikenobō, de l’Ohara ou de la Sōgetsu — emploient le chrysanthème de manière à mettre en valeur ses formes sphériques et lumineuses. Placé seul dans un
espace épuré, il devient un foyer de lumière rappelant le soleil couchant. Associé à des branches dénudées, à des graminées ou à des feuilles d’automne, il exprime le mono no aware, cette conscience poétique de l’éphémère.

C’est ce que j’ai découvert au Japon dans ma pratique de l’art floral, mais aussi dans les expositions d’ikebana, dans les temples au moment des matsuri, où il est présenté sous toutes ces formes, en cascade, en pot, en tiges dans des vases et même en bonsaïs.

Nous le retrouvons chez nous dans les cimetières à la Toussaint, principalement sous 2 variétés et c’est magnifique par les couleurs dont ils parent ces lieux de mémoire, mais les japonais rivalisent dans leur soins et les modes de culture avec l’organisation de concours floraux.

Le chrysanthème, le komorebi et l’ikebana participent d’une même logique esthétique : la mise en valeur de la lumière, du temps et de l’éphémère.

Par ses pétales rayonnants, le chrysanthème filtre et diffuse la clarté, à l’instar du jeu lumineux du komorebi. Par son usage en ikebana, il devient à la fois support technique et vecteur symbolique, révélant une esthétique japonaise qui conjugue l’impermanence des saisons et la quête d’une beauté intemporelle.

Bibliographie sélective

Sur le chrysanthème et sa culture

Sur l’ikebana

  • Teshigahara, Sofu : The Book of Ikebana: Flowers and Grass in Japan. Tokyo: Kodansha, 1971. (Texte fondateur de l’école Sōgetsu, qui insiste sur la modernité et la liberté d’expression, y compris avec le chrysanthème.)

Sur l’esthétique japonaise et le komorebi

  • Jun’ichirō, Tanizaki : Éloge de l’ombre. Paris: Verdier, 2011 (1re éd. 1933). (Réflexion esthétique majeure sur la lumière et l’ombre dans la culture japonaise ; permet de rapprocher le komorebi de l’usage symbolique de la lumière en ikebana.)
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